Arc de Meyran
Collège
Aix-en-Provence
 

Pourquoi le latin ?

dimanche 18 octobre 2009

Au moment où on assiste à une désaffection de plus en plus marquée pour les langues anciennes, il est nécessaire de présenter ici quelques réflexions pour exposer pourquoi, plus que jamais, l’enseignement du latin est fondamental.

Le latin, une langue morte et inutile ?

Le latin est peut-être une langue morte, mais ses langues filles sont bien vivantes : l’espagnol, le français, l’italien, le portugais, ... Et le fait qu’elles continuent d’évoluer montre bien leur vigueur. Si l’on apprend les langues vivantes pour les parler, il n’est pas inutile d’approfondir une langue pour en pénétrer les constructions, le fonctionnement du point de vue de la grammaire, de la syntaxe, du contenu : le latin s’y prête mieux que toute autre. Pour apprendre à parler une langue, on prend des cours de langue.

Pour pénétrer une langue, on apprend le latin. Aujourd’hui plus que jamais, car une fois acquise la capacité de reconnaître les structures d’une langue, il est aisé de l’appliquer à tout travail linguistique. Le latin est donc vivant dans la mesure où il offre un bon exemple pour apprendre une langue en soi et il n’est pas inutile de connaître la langue mère pour apprécier et comprendre ses filles.

En tant que langue, le latin n’est pas plus logique qu’une autre, mais bon nombre de ses propriétés - plus que celles des langues vivantes - rendent davantage possible l’examen en profondeur du système : cas-fonctions, conjugaisons, subordonnées et équivalents. L’observation et la réflexion uniquement basées sur la logique ne suffiront pas à venir à bout du latin, il faudra encore savoir combiner les éléments et faire preuve de quelque créativité, ce dont nous avons tous besoin. Pour arriver au contenu, il faudra travailler l’expression et la pensée.

Le latin, c’était l’anglais d’il y a 2000 ans. Apprendre le latin amène aussi à réfléchir sur la question de la contribution d’une langue à répandre une civilisation, en tant que facteur culturel unificateur. Apprendre le latin, c’est mieux comprendre le présent par le passé, c’est avoir un arrière-plan de référence.

Tout est déjà traduit ! C’est vrai, mais l’exercice de la traduction permet d’apprécier la qualité de notre expression et de l’améliorer constamment. Traduire des textes littéraires de haute valeur fait davantage prendre conscience de la langue maternelle.

L’utilité du latin n’est pas immédiate : pouvoir commander un café ou, comme ce fut le cas pendant longtemps, s’entretenir avec un autre Européen cultivé. C’est un profit à long terme, tout aussi valable que celui procuré par un savoir immédiatement utilisable. Et puis, il faut le rappeler, le latin est obligatoire pour de nombreuses disciplines des facultés des lettres.

Quelques efforts en plus...

On veut s’amuser, avoir du plaisir Il y a du plaisir à s’occuper d’une langue en profondeur, à sonder la pensée des Anciens, à connaître des cultures d’autrefois, mais il y faut de la persévérance, comme pour le sport ou l’apprentissage d’un instrument de musique. La question de l’utilité du latin est souvent posée. Question utilitariste, symptomatique de notre époque qui accorde une place primordiale au rendement. La véritable utilité (des études) du latin est à considérer sur un autre plan : le latin est une clé qui ouvre de nombreuses portes : il permet une plus grande maîtrise du français (et des autres langues dites latines) aussi bien au niveau de l’orthographe (grâce à l’étymologie) que de la syntaxe.

Il en découle une plus grande estime de la part du latiniste francophone pour sa langue maternelle, une plus grande aisance dans la communication. Il est une sorte de garde-fou, un gardien de la culture humaniste et des valeurs fondamentales de notre société, à l’heure où celle-ci les oublie au profit de la technique et du bien-être matériel. Ce rôle de « phare culturel » est confirmé par la vente croissante d’ouvrages de philosophes et autres auteurs antiques, de plus en plus édités (et traduits) en collection de poche.

Enfin, et c’est peut-être l’argument le plus convaincant du point de vue utilitariste, il forme l’esprit, habitue le cerveau à raisonner de façon structurée (les phrases de Tite-Live y sont pour beaucoup) et fait acquérir le sens de la synthèse et l’esprit d’analyse, nécessaires à bon nombre de professions scientifiques. A ce propos, les statistiques montrent que les étudiants qui obtiennent les meilleurs résultats en médecine et en études commerciales (HEC) sont les hellénistes et les latinistes. Depuis quelques années en médecine, plus précisément en anatomie, la terminologie s’est alignée sur celle des Anglo-Saxons en n’utilisant que des termes latins. Ainsi la coupe sagittale d’un muscle désigne la coupe transversale du muscle (en latin sagitta, ae, f :la flèche). En outre, cette formation de l’esprit se fait de façon très vaste, permettant de se recycler plus facilement qu’une formation plus spécialisée, dont on sait à priori à quoi elle est utile...

Concevoir l’utilité du latin apparaît dès lors comme une évidence mais c’est une utilité que l’on ne peut apprécier pleinement qu’à long terme. Le latin demeure avant tout une langue de culture plutôt qu’une langue de service.


Synthèse de différentes réflexions sur le sujet,
en particulier un texte de R. Surbeck, traduit par Ch. Haller
 
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